Comment fonctionne la retraite de base en France ?

# Comment fonctionne la retraite de base en France ?

Le système de retraite français repose sur un mécanisme solidaire où chaque génération finance les pensions de celle qui l’a précédée. La retraite de base constitue le socle de ce dispositif, garantissant à tous les actifs un revenu minimum une fois l’âge de départ atteint. Mais comment fonctionne réellement ce système ? Quels sont les critères qui déterminent le montant de votre future pension ? Comprendre les rouages de la retraite de base est essentiel pour anticiper vos revenus à la retraite et prendre les bonnes décisions tout au long de votre carrière professionnelle. Entre trimestres validés, salaires de référence, taux de liquidation et âge légal de départ, les paramètres de calcul sont multiples et souvent méconnus du grand public.

Le système de répartition par trimestres validés de la CNAV

La Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) gère le régime de base des salariés du secteur privé selon un principe fondamental : la validation de trimestres d’assurance. Ces trimestres constituent l’unité de mesure permettant d’évaluer la durée de votre carrière professionnelle. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas nécessairement de trimestres calendaires de travail effectif, mais d’une comptabilisation basée sur le niveau de vos revenus soumis à cotisation.

Le système de répartition signifie que les cotisations prélevées aujourd’hui sur votre salaire servent immédiatement à payer les pensions des retraités actuels. En contrepartie, vous accumulez des droits qui vous permettront de percevoir une pension lorsque vous atteindrez l’âge de départ à la retraite. Ce mécanisme intergénérationnel repose sur la solidarité collective et nécessite un équilibre démographique entre actifs cotisants et retraités bénéficiaires.

Calcul des trimestres cotisés selon le salaire annuel minimum

Pour valider un trimestre d’assurance retraite en 2025, vous devez percevoir un salaire brut minimum de 1 747,50 euros, soit 150 fois le SMIC horaire. Ce seuil est revalorisé chaque année. Vous pouvez valider jusqu’à quatre trimestres par année civile, même si vous gagnez la totalité du salaire nécessaire en quelques mois seulement. Par exemple, si vous percevez 6 990 euros bruts sur l’année, vous validez vos quatre trimestres, quelle que soit la durée réelle de votre activité.

Cette règle présente un avantage considérable pour les travailleurs saisonniers ou ceux qui exercent une activité à temps partiel. Un emploi de courte durée mais bien rémunéré peut permettre de valider plusieurs trimestres en peu de temps. À l’inverse, un salaire très faible étalé sur toute l’année ne permettra peut-être de valider qu’un ou deux trimestres. Le montant annuel de vos revenus compte davantage que la durée effective de votre présence au travail.

Distinction entre trimestres cotisés et trimestres assimilés

Le système de retraite français distingue deux catégories de trimestres : les trimestres cotisés et les trimestres assimilés. Les premiers correspondent aux périodes pendant lesquelles vous avez effectivement travaillé et versé des cotisations sociales. Les seconds sont attribués pour certaines périodes d’interruption d’activité, sans que vous n’ayez cotisé directement.

Cette distinction revêt une importance particulière dans le cadre des dispositifs de départ anticipé pour carr

ière longue, où seuls certains types de trimestres (principalement cotisés) sont pris en compte. Les trimestres assimilés comptent en principe pour le calcul de la durée d’assurance tous régimes confondus, mais pas toujours pour l’ouverture de droits à un départ anticipé. Il est donc crucial, lorsque vous examinez votre relevé de carrière, d’identifier la nature de chaque trimestre validé.

Parmi les trimestres assimilés, on retrouve notamment ceux liés au chômage indemnisé, à la maladie, à la maternité, aux accidents du travail, au service militaire ou encore à certaines périodes d’invalidité. Ils vous permettent de ne pas être pénalisé si votre parcours professionnel a été interrompu indépendamment de votre volonté. En revanche, certaines mesures spécifiques, comme le rachat de trimestres ou la majoration pour carrière longue, se fondent prioritairement sur les trimestres cotisés.

Validation des périodes de chômage, maladie et maternité

Les périodes de chômage, de maladie et de maternité jouent un rôle essentiel dans la validation de vos droits à la retraite de base. En cas de chômage indemnisé, chaque période de 50 jours indemnisés permet en principe de valider un trimestre, dans la limite de 4 trimestres par an. Ces trimestres sont dits assimilés : vous ne cotisez pas directement, mais l’Assurance retraite les enregistre dans votre durée d’assurance.

Pour les arrêts de travail pour maladie ou accident du travail, le principe est proche. Dès lors que vous percevez des indemnités journalières de la Sécurité sociale, vos périodes d’arrêt sont prises en compte pour la retraite. On considère qu’un trimestre est validé pour 60 jours d’indemnisation, toujours dans la limite de 4 par an. Ainsi, une affection longue durée ou un accident grave n’entraîne pas nécessairement une perte de trimestres de retraite.

Les périodes de maternité et de congé parental bénéficient d’un traitement spécifique et généralement plus favorable. Les indemnités journalières de maternité permettent de valider des trimestres assimilés, mais surtout, des majorations de durée d’assurance sont prévues pour les mères et, dans certains cas, pour les pères. Ces trimestres supplémentaires, liés à l’éducation des enfants, peuvent peser lourdement dans l’obtention du taux plein, notamment lorsque la carrière comporte des temps partiels ou des interruptions d’activité.

Mécanisme de rachat des trimestres manquants selon la loi fillon

Si, malgré vos années de travail, de chômage et de périodes assimilées, il vous manque encore des trimestres pour bénéficier d’une retraite de base à taux plein, la loi Fillon a prévu un dispositif de rachat de trimestres. Ce mécanisme concerne principalement deux types de périodes : les années d’études supérieures et les années civiles incomplètes (moins de 4 trimestres validés) où vous avez exercé une activité salariée. Vous pouvez racheter jusqu’à 12 trimestres au total.

Le coût du rachat dépend de votre âge au moment de la demande, de votre revenu et de l’option choisie. Vous pouvez décider de racheter des trimestres uniquement pour améliorer le taux de liquidation, ou bien pour améliorer et le taux et la durée d’assurance. La seconde option est plus coûteuse, mais elle augmente davantage le montant de votre future pension. Avant de vous lancer, il est vivement recommandé de réaliser des simulations pour vérifier si l’opération est rentable au regard de votre situation personnelle et de votre horizon de départ.

Le rachat de trimestres peut se révéler particulièrement intéressant si vous avez fait de longues études et que vous envisagez un départ à la retraite dès l’âge légal. À l’inverse, si vous pensez travailler bien au-delà de cet âge, la surcote automatique obtenue en poursuivant votre activité pourra compenser, voire dépasser, l’effet d’un rachat. Là encore, une analyse fine de votre relevé de carrière et de vos objectifs de départ à la retraite s’impose.

Calcul du salaire annuel moyen sur les 25 meilleures années

Au-delà du nombre de trimestres validés, le calcul de la retraite de base repose sur le salaire annuel moyen (SAM) de vos 25 meilleures années de rémunération pour les assurés du régime général. Ce paramètre est déterminant : c’est à partir de cette moyenne que sera appliqué le taux de liquidation (jusqu’à 50 %) et que sera modulé le montant final en fonction de votre durée d’assurance. Comprendre comment ce salaire de référence est établi vous permet d’anticiper l’impact de vos choix de carrière, de vos périodes de temps partiel ou de vos changements de statut.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas nécessairement des 25 dernières années de votre vie professionnelle. Le système retient les 25 années où vos salaires revalorisés ont été les plus élevés, ce qui peut inclure des périodes relativement anciennes, à condition d’avoir été bien rémunérées. C’est un peu comme si l’on sélectionnait les 25 meilleurs scores d’une longue série de résultats : seules les années les plus favorables entrent dans le calcul, les autres étant écartées.

Revalorisation des salaires plafonnés selon le PASS

Avant d’être comparés entre eux pour déterminer vos 25 meilleures années, vos salaires sont plafonnés puis revalorisés. Le plafonnement se fait par référence au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) en vigueur l’année considérée. Si votre rémunération dépasse ce plafond, seule la partie comprise dans la limite du PASS est retenue pour le calcul de la retraite de base. Les revenus supérieurs alimentent essentiellement votre retraite complémentaire.

Cette limite joue un rôle de « couvercle » sur la retraite de base : même si vous avez eu des salaires très élevés, votre pension de base ne pourra dépasser un certain niveau. Concrètement, pour chaque année de votre carrière, la CNAV enregistre un salaire plafonné correspondant au maximum pris en compte. Cela permet de garantir une certaine équité entre assurés et de concentrer la solidarité du régime sur les revenus moyens et modestes, les hauts salaires bénéficiant davantage de la retraite complémentaire et des dispositifs supplémentaires.

Prise en compte des coefficients de revalorisation annuels

Pour comparer des salaires perçus à différentes époques, il est indispensable de tenir compte de l’inflation. C’est pourquoi les salaires pris en compte pour le calcul du salaire annuel moyen sont revalorisés à l’aide de coefficients fixés chaque année par arrêté. Un salaire perçu il y a 25 ans ne vaut évidemment pas la même chose qu’aujourd’hui : sans revalorisation, les années anciennes seraient systématiquement défavorisées.

Les coefficients de revalorisation permettent de « remonter le temps » et d’exprimer tous vos salaires passés en valeur actuelle. Par exemple, un salaire brut annuel de 15 000 euros dans les années 1990 pourra être revalorisé à 25 000 ou 30 000 euros selon l’indice utilisé. Ce montant corrigé est ensuite comparé aux autres années de votre carrière pour sélectionner les 25 plus avantageuses. Vous n’avez pas besoin de faire ces calculs vous-même : ils sont intégrés automatiquement dans votre relevé de carrière et dans les simulations de l’Assurance retraite.

Exclusion des années incomplètes dans le calcul du SAM

Autre élément important : seules les années au cours desquelles vous avez validé au moins un trimestre d’assurance sont susceptibles d’entrer dans le calcul de votre salaire annuel moyen. Les années dites « blanches », sans aucun trimestre, sont donc exclues d’office. En revanche, une année incomplète, avec un seul trimestre validé par un petit emploi étudiant par exemple, pourra être prise en compte si son salaire revalorisé figure parmi vos 25 meilleurs.

Dans la pratique, les années d’activité très faibles ou à temps partiel subi ne font généralement pas partie des 25 retenues, puisque leur niveau de rémunération reste inférieur. Elles existent toutefois dans votre carrière au titre de la durée d’assurance et peuvent vous aider à atteindre les 172 trimestres exigés pour une retraite de base à taux plein selon votre génération. Ainsi, le système combine deux logiques : d’un côté la durée totale de votre carrière, de l’autre la sélection des années les plus rémunératrices pour éviter que quelques années difficiles ne tirent l’ensemble de votre pension vers le bas.

Taux de liquidation et décote du régime général

Une fois déterminés votre nombre de trimestres et votre salaire annuel moyen, le taux de liquidation entre en jeu. C’est lui qui permet de calculer la part de votre salaire de référence qui vous sera effectivement versée au titre de la retraite de base. Dans le régime général, ce taux varie entre un minimum (en cas de départ anticipé avec peu de trimestres) et un maximum de 50 % pour une retraite à taux plein. Ce pourcentage s’applique ensuite à votre salaire annuel moyen, puis est ajusté en fonction du rapport entre votre durée d’assurance dans le régime et la durée requise pour votre génération.

Taux plein à 50% selon l’âge légal de départ

Le taux plein de la retraite de base du régime général est fixé à 50 % de votre salaire annuel moyen. Pour en bénéficier, vous devez remplir l’une des deux conditions suivantes : soit avoir validé le nombre de trimestres d’assurance requis pour votre génération (tous régimes confondus) lors de votre départ à la retraite, soit atteindre l’âge du taux plein automatique (67 ans actuellement), même si vous n’avez pas tous vos trimestres.

Dans le premier cas, vous pouvez partir avant 67 ans, à l’âge légal ou un peu après, dès lors que votre durée d’assurance est suffisante. Votre pension sera alors calculée sans pénalité de taux, mais elle pourra être ajustée si vous n’avez pas réuni tous vos trimestres dans le régime général lui-même. Dans le second cas, l’obtention du taux plein à 67 ans évite toute décote de taux, mais le montant de la pension restera proportionnel aux seuls trimestres acquis dans le régime, ce qui peut conduire à une retraite de base inférieure au maximum théorique.

Application de la décote de 0,625% par trimestre manquant

Si vous décidez de partir à la retraite avant 67 ans sans avoir validé le nombre de trimestres requis pour votre génération, une décote s’applique sur le taux de liquidation. Cette décote est de 0,625 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres, soit une réduction maximale de 12,5 %. Concrètement, au lieu de bénéficier du taux de 50 %, vous percevrez un taux réduit, par exemple 47,5 % ou 45 %, selon le nombre de trimestres manquants.

La décote incite donc à prolonger sa carrière pour éviter une baisse durable de sa pension de retraite de base. Elle peut résulter de deux situations : soit il vous manque des trimestres pour atteindre la durée d’assurance requise, soit vous n’avez pas encore atteint l’âge du taux plein automatique. Le système retient le nombre de trimestres manquants le plus favorable pour vous, afin de limiter l’impact négatif sur votre retraite.

Il est important de noter que la décote porte uniquement sur le taux de liquidation de la retraite de base, pas sur le salaire annuel moyen ni sur la durée d’assurance. Une fois appliquée, elle est définitive : il n’existe pas de révision ultérieure pour relever le taux si vous reprenez une activité après la liquidation de votre pension, sauf dans le cadre de règles très spécifiques. C’est pourquoi un arbitrage soigneux entre départ anticipé et maintien en activité s’impose.

Surcote de 1,25% par trimestre supplémentaire après l’âge légal

À l’inverse de la décote, le système de retraite de base prévoit une surcote pour les assurés qui continuent de travailler au-delà de l’âge légal tout en ayant déjà réuni le nombre de trimestres nécessaires pour le taux plein. Chaque trimestre civil supplémentaire cotisé après cette date augmente le montant de la pension de 1,25 %, sans plafond autre que celui du PASS et du maximum de la pension de base. Cette majoration s’applique à vie, ce qui en fait un levier puissant pour améliorer ses revenus à la retraite.

On peut comparer la surcote à une sorte de « bonus de fidélité » accordé aux assurés qui prolongent leur activité. Par exemple, en travaillant deux années complètes supplémentaires après l’âge légal avec taux plein (soit 8 trimestres), vous bénéficiez d’une augmentation de 10 % du montant de votre retraite de base. Pour certains profils, surtout ceux disposant d’un bon niveau de salaire et en bonne santé, cette option peut se révéler plus avantageuse que certains produits d’épargne.

La surcote ne s’applique pas dans tous les cas : elle suppose que vous ayez déjà atteint l’âge légal de départ et que vous remplissiez la condition de durée d’assurance pour le taux plein. Si vous continuez à travailler uniquement pour combler des trimestres manquants, vous évitez la décote mais vous ne générez pas de surcote tant que le taux plein n’est pas acquis. D’où l’intérêt de bien situer votre situation exacte par rapport à ces seuils.

Âge légal de départ et durée d’assurance requise selon la génération

L’âge auquel vous pouvez partir à la retraite de base et la durée d’assurance nécessaire pour bénéficier du taux plein dépendent fortement de votre année de naissance. Ces paramètres ont été progressivement relevés par les différentes réformes des retraites, notamment celle de 2010 puis la réforme de 2023. Pour bien comprendre vos droits, il est indispensable de connaître l’âge légal qui s’applique à votre génération et le nombre de trimestres requis.

Réforme de 2023 portant l’âge légal à 64 ans

La réforme des retraites de 2023 a relevé l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, de manière progressive selon les générations. Concrètement, pour les personnes nées à partir du 1er janvier 1968, l’âge légal est désormais fixé à 64 ans. Entre 1961 et 1967, l’âge légal augmente par paliers de trois mois par génération, passant de 62 à 63 ans et 9 mois.

Cela signifie que, même si vous avez validé tous vos trimestres, vous ne pourrez pas liquider votre retraite de base avant cet âge, sauf dans le cadre de dispositifs de départ anticipé spécifiques (carrière longue, handicap, incapacité permanente, etc.). L’objectif affiché de cette réforme est de tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et de garantir l’équilibre financier du système par répartition. Pour vous, cela implique de revoir, le cas échéant, vos projets de fin de carrière.

Durée d’assurance de 172 trimestres pour les générations 1973 et suivantes

En parallèle du relèvement de l’âge légal, la réforme a confirmé l’allongement progressif de la durée d’assurance requise pour une retraite à taux plein. Pour les générations nées à compter de 1973, cette durée est portée à 172 trimestres, soit 43 années de cotisations ou de périodes assimilées. Entre 1958 et 1972, la durée exigée varie de 167 à 171 trimestres, selon la date de naissance, avec un calendrier précis fixé par la loi.

Ce double mouvement – âge légal plus élevé et durée d’assurance allongée – renforce l’importance de suivre de près votre relevé de carrière tout au long de votre vie professionnelle. En vérifiant régulièrement le nombre de trimestres validés et la nature de ces trimestres (cotisés ou assimilés), vous pouvez anticiper d’éventuels manques et, le cas échéant, envisager des solutions comme le rachat de trimestres, la poursuite d’activité ou la mise en place d’une épargne retraite complémentaire.

Dispositifs de départ anticipé pour carrière longue

Malgré ce relèvement des bornes d’âge, certains assurés peuvent continuer à partir avant l’âge légal grâce au dispositif de carrière longue. Il s’adresse aux personnes ayant commencé à travailler très tôt et qui justifient d’un certain nombre de trimestres cotisés avant un âge pivot (par exemple 16, 18, 20 ou 21 ans) et d’une durée totale d’assurance élevée. Selon les cas, il est possible de partir dès 58, 60, 62 ou 63 ans avec une retraite à taux plein.

Le dispositif carrière longue est toutefois encadré par des règles strictes. Tous les trimestres ne sont pas pris en compte : la majorité doit être constituée de trimestres cotisés, certains trimestres assimilés étant plafonnés (chômage, maladie, etc.). L’objectif est de réserver ce départ anticipé aux personnes qui ont réellement eu une carrière précoce et continue. Il est donc indispensable de faire vérifier votre éligibilité par votre caisse de retraite plusieurs années avant la date envisagée de départ, afin d’éviter les mauvaises surprises.

Coordination entre régimes de base CNAV, MSA et SSI

Dans une carrière de plus en plus marquée par les changements de statut, il est fréquent d’avoir cotisé à plusieurs régimes de base : salariés du privé (CNAV), travailleurs indépendants (SSI), salariés et exploitants agricoles (MSA), voire d’autres régimes spéciaux. Pour éviter que ces parcours mixtes ne se traduisent par des pertes de droits, des mécanismes de coordination ont été progressivement mis en place entre les principaux régimes dits « alignés ».

Mécanisme de liquidation unique des régimes alignés

Depuis 2017, un dispositif de liquidation unique des régimes alignés (LURA) simplifie la vie des assurés ayant cotisé successivement au régime général, au régime des salariés agricoles (MSA) et au régime des indépendants (désormais SSI intégré au régime général). Concrètement, un seul régime – généralement le dernier d’affiliation – est chargé de calculer et de verser une pension unique de retraite de base, en tenant compte de l’ensemble des droits acquis dans ces trois régimes.

Ce mécanisme évite la superposition de petites pensions et la complexité administrative liée aux demandes multiples. Sur le plan du calcul, les règles appliquées sont celles des régimes alignés : salaire annuel moyen sur les 25 meilleures années, taux de liquidation jusqu’à 50 %, durée d’assurance de référence identique. Vous n’avez donc plus à vous soucier de savoir combien de trimestres vous avez dans chaque régime : c’est la somme de vos trimestres dans l’ensemble des régimes alignés qui détermine votre droit au taux plein.

Calcul prorata temporis selon les périodes d’affiliation

Si la liquidation est unique, la prise en compte de vos droits reste néanmoins prorata temporis. Cela signifie que chaque régime participant à la LURA supporte financièrement la part de pension correspondant aux périodes où vous y étiez affilié. Pour vous, ce partage interne est transparent : vous percevez une pension globale, mais en coulisses, les caisses se répartissent la charge selon la durée de vos affiliations respectives.

Ce calcul au prorata garantit une certaine neutralité du système : changer de statut au cours de sa carrière ne doit ni pénaliser, ni avantager de manière excessive l’assuré. Que vous ayez été salarié du privé puis indépendant, ou l’inverse, vous conservez l’ensemble de vos trimestres et vos 25 meilleures années sont recherchées dans l’ensemble de votre carrière, tous régimes alignés confondus. Là encore, cette logique est destinée à s’adapter à la réalité des trajectoires professionnelles modernes.

Convergence des paramètres de calcul entre régimes

La coordination entre CNAV, MSA et SSI s’est accompagnée d’une convergence progressive des paramètres de calcul. Plafond de salaire pris en compte, nombre d’années retenues pour le calcul du salaire annuel moyen, taux plein à 50 %, durée d’assurance pour le taux plein, application de la décote et de la surcote : sur tous ces points, les régimes alignés suivent désormais des règles très proches, voire identiques.

Cette harmonisation a deux avantages majeurs. D’une part, elle renforce l’équité entre assurés, en évitant que des différences de statut ne se traduisent par des écarts de retraite injustifiés à situation comparable. D’autre part, elle simplifie la compréhension du système pour le grand public : lorsque vous effectuez une simulation de retraite, vous pouvez raisonner avec un socle commun de règles, même si votre carrière vous a conduit d’un régime à l’autre.

Montant minimum et maximum des pensions du régime de base

La retraite de base ne se contente pas d’appliquer mécaniquement une formule de calcul. Elle est également encadrée par des montants planchers et plafonds, afin de garantir un niveau minimal de ressources aux assurés ayant eu de faibles revenus, tout en limitant le montant maximum servi par le régime de base. Ces dispositifs s’ajoutent aux règles classiques du salaire annuel moyen, du taux de liquidation et de la durée d’assurance.

MICO et minimum contributif majoré selon les trimestres cotisés

Si vous bénéficiez d’une retraite de base à taux plein mais que le montant calculé reste très faible en raison de salaires modestes, vous pouvez prétendre au minimum contributif, souvent abrégé en « MICO ». Ce dispositif porte votre pension de base jusqu’à un certain montant minimum, à condition que vous ayez validé un nombre minimal de trimestres et que l’ensemble de vos pensions (base et complémentaires) ne dépasse pas un plafond global. Il ne s’agit donc pas d’un droit automatique, mais d’un ajustement sous conditions.

Un minimum contributif majoré existe pour les assurés qui justifient d’un certain nombre de trimestres cotisés (et non seulement assimilés). Plus vous avez de trimestres réellement cotisés, plus le montant de ce minimum peut être élevé, dans la limite d’un plafond fixé par la réglementation. L’objectif est de mieux reconnaître les longues carrières aux revenus modestes, en assurant une retraite de base plus décente à ceux qui ont travaillé de nombreuses années à bas salaire.

Plafonnement de la pension selon le PASS annuel

À l’autre extrémité du spectre, le montant de la retraite de base est plafonné en fonction du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Même si votre salaire annuel moyen revalorisé est élevé, la pension de base maximale à taux plein reste limitée à 50 % du PASS (sous réserve des revalorisations annuelles). En pratique, cela signifie que la retraite de base ne peut pas dépasser un montant mensuel brut d’environ la moitié du PASS divisé par 12.

Ce plafonnement reflète la vocation de la retraite de base : offrir une protection sociale universelle et solidaire, centrée sur les revenus faibles et moyens. Les hauts revenus sont davantage pris en charge par les régimes complémentaires obligatoires (Agirc-Arrco pour les salariés du privé, régimes complémentaires spécifiques pour les indépendants et les professions libérales) et par l’épargne individuelle. Pour vous, cela signifie qu’au-delà d’un certain niveau de salaire, chaque euro supplémentaire cotisé améliore surtout votre retraite complémentaire.

Indexation annuelle des pensions sur l’inflation

Enfin, une fois votre retraite de base liquidée, son montant n’est pas figé pour toujours. Les pensions sont revalorisées chaque année, en principe au 1er janvier, en fonction de l’évolution moyenne des prix à la consommation hors tabac. Cette indexation vise à préserver, au moins en partie, votre pouvoir d’achat face à l’inflation. En cas de hausse des prix, votre pension augmente en pourcentage, même si le gain peut sembler limité d’une année sur l’autre.

En revanche, en cas de faible inflation ou de déflation, la revalorisation peut être très modérée, voire nulle. Les décisions finales appartiennent au gouvernement, qui tient compte du contexte économique et des finances publiques. Les régimes complémentaires, comme l’Agirc-Arrco, disposent de leurs propres règles d’indexation, souvent décidées par les partenaires sociaux. Il est donc important, lorsque vous préparez votre retraite, de ne pas raisonner uniquement en euros constants, mais aussi en pouvoir d’achat futur, en combinant retraite de base, retraite complémentaire et éventuelle épargne personnelle.

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